Etude linéaire du portrait de Manon dans Manon Lescaut

Etude linéaire du portrait de Manon dans Manon Lescaut

De "Manon était une créature d'un caractère extraordinaire" à "de me priver plutôt de mille choses nécessaires que de la borner même pour le superflu."

Les termes « créature d’un caractère extraordinaire » et « fille » traduisent une perception ambivalente de Manon. L’expression « créature d’un caractère extraordinaire » met en avant une singularité presque fascinante, comme si Manon dépassait les normes habituelles du comportement féminin. Cette formulation souligne son côté insaisissable et paradoxal. En revanche, l’emploi du mot « fille » est plus neutre et banal, ce qui crée un contraste avec l’exceptionnalité mise en avant précédemment. Cette dualité reflète la vision du narrateur, oscillant entre admiration et tentative de justification de ses actes.  

L’utilisation des tournures négatives et des oppositions permet au narrateur de disculper Manon de toute cupidité. Il insiste sur ce qu’elle ne fait pas ou ne désire pas, comme lorsqu’il affirme : « Jamais fille n’eut moins d’attachement qu’elle pour l’argent », ou encore « Elle ne s’informait pas même quel était le fonds de nos richesses. » Ces négations présentent Manon comme une jeune femme détachée de l’argent en tant que fin en soi. Cependant, cette défense repose sur une contradiction, car il reconnaît qu’elle ne pouvait être tranquille sans la certitude d’en posséder. En insistant sur l’absence de vice intentionnel et sur la nécessité pour elle de vivre dans le plaisir, le narrateur cherche à minimiser sa responsabilité.  

La motivation principale de Manon réside dans la recherche du plaisir, ce qui transparaît dans le champ lexical associé à ce besoin : « plaisir », « passe-temps », « amusement », « agréablement ». Cette insistance donne d’elle l’image d’une jeune femme légère et insouciante, dont les préoccupations se limitent au bien-être quotidien. Elle n’est pas guidée par la cupidité, mais par une quête de satisfaction immédiate, ce qui renforce son caractère volage et insaisissable.  

Le champ lexical de l’amour dans la seconde partie du texte montre combien Des Grieux est passionnément attaché à Manon. Il évoque son « amour », sa « tendresse », et souligne qu’elle l’aimait « tendrement ». Cependant, cette passion se teinte d’inquiétude, car il doute de la fidélité de Manon. Il cherche ainsi à se convaincre que, malgré son besoin constant de plaisir, elle pourrait lui rester attachée si ses désirs étaient comblés.  

Les oppositions structurent le raisonnement du narrateur et lui permettent de disculper Manon de l’accusation d’inconstance. Il met en balance l’amour sincère qu’elle lui porte avec son besoin irrépressible de luxe et de confort. L’alternance entre des affirmations positives, comme « Elle m’aurait préféré à toute la terre avec une fortune médiocre », et des réserves, « je ne doutais nullement qu’elle ne m’abandonnât », illustre cette tension. Son argumentation repose donc sur l’idée que Manon n’est pas infidèle par méchanceté, mais par nécessité.  

Les craintes de Des Grieux s’expriment d’abord sous forme de doutes mesurés, lorsqu’il affirme que la tendresse de Manon ne tiendrait pas « contre certaines craintes ». Puis elles s’intensifient lorsqu’il évoque la possibilité qu’elle l’abandonne « pour quelque nouveau B... », ce qui marque une montée en gravité et une prise de conscience de sa vulnérabilité.  

Des Grieux justifie son attitude envers Manon en adoptant une posture sacrificielle. Il explique qu’il a résolu de subvenir à tous ses besoins et d’éviter toute restriction qui pourrait la pousser à l’infidélité. Ce raisonnement révèle à quel point il est prisonnier de sa passion et prêt à tout pour retenir Manon, même au prix de sa propre ruine.

Écrire commentaire

Commentaires: 0